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Archive du mois : mai 2023

Ippolito Rosellini : héritage de Champollion au cœur du musée de Florence (1825-1830) 0

Ippolito Rosellini : héritage de Champollion au cœur du musée de Florence (1825-1830)

Ippolito Rosellini : un passionné d’égyptologie 

Ippolito Rosellini, né à Pise, a commencé sa carrière en tant qu’enseignant en Italie et a rapidement développé un vif intérêt pour les travaux de Champollion.Fasciné par l’ancienne civilisation égyptienne, il s’est consacré à l’étude de ses monuments, de sa langue et de sa culture. Sa collaboration étroite avec le célèbre égyptologue français Jean-François Champollion a grandement influencé ses recherches et sa vision de l’égyptologie.

Comme d’autres, il a publié en italien la brochure intitulée “Il sistema geroglifico del signor Champollion”. Fort de ses compétences en langues orientales, il poursuit ses études à Paris, en suivant les cours de Champollion. Son influence a été déterminante dans le développement de l’égyptologie italienne, et son prénom est étroitement lié à une magnifique collection égyptienne.

L’égyptologue Jean François Champollion assis au centre, entouré di Ippolito Rosellini et de Gaetano Rosellini · Giuseppe Angelelli Museo Archeologico Nazionale, Florence, Italy

Le 31 juillet 1828, l’expédition franco-toscane, composée d’éminents érudits et techniciens français et italiens, dont Champollion et Rosellini, prend la mer à bord du navire “L’Eglé” à destination de l’Égypte. Rosellini, quant à lui, revient avec des dessins magnifiques et des reproductions de tombes d’une qualité extraordinaire, ainsi que des objets intéressants. Son dévouement à la préservation du patrimoine égyptien et sa contribution majeure à l’égyptologie ont laissé une empreinte durable dans le domaine. 

La collection égyptienne au musée de Florence

Au début du XIXe siècle, la collection égyptienne du musée de Florence était incomplète et nécessitait une restauration majeure. C’est à ce moment-là qu’Ippolito Rosellini est intervenu avec son expertise et son dévouement. Avec le soutien financier de généreux mécènes, il a entrepris une campagne de restauration ambitieuse pour ramener la collection à son ancienne gloire.

La campagne de restauration de Rosellini

Rosellini a organisé plusieurs expéditions en Égypte pour collecter de nouveaux artefacts et compléter la collection du musée de Florence. Ces expéditions ont été entreprises avec un double objectif : l’enrichissement de la collection du musée et la poursuite de ses propres recherches égyptologiques. Les découvertes faites lors de ces expéditions ont permis d’élargir la compréhension de l’Égypte ancienne et ont constitué une contribution précieuse à l’égyptologie.

L’héritage de Rosellini

Grâce à l’effort considérable d’Ippolito Rosellini et de son équipe, la collection égyptienne du musée de Florence a été restaurée et s’est imposée comme l’une des plus importantes d’Europe. 

Bibliographie : 

Champollion, une vie de lumières, Jean Lacouture, Paris, Grasset, 1988

La Voix des hiéroglyphes, Christophe Bartbotin, Paris éditions Khéops/Musée du Louvre, 2005

Champollion, le savant déchiffré, Alain Faure, Paris, Fayard, 2004

Un manuscrit dans l’histoire des collections – le mystérieux manuscrit Voynich 0

Un manuscrit dans l’histoire des collections – le mystérieux manuscrit Voynich

Mystérieux et indéchiffrable– ces deux mots peuvent bien définir notre objet du mois : l’un des manuscrits les plus connus – Le Manuscrit Voynich ou le MS 408.

Le manuscrit Voynich

Bien des livres et des articles se consacrent à l’étude de ce manuscrit. Pendant la recherche pour ce billet, l’auteur a été surpris du nombre d’articles anciens autant que d’actualité. Avec le développement des technologies numériques, la recherche sur le manuscrit est très avancée, mais encore certaines problématiques comme la provenance et le déchiffrement du texte posent des difficultés aux chercheurs.

Même si à la fin de ce billet on notera brièvement l’état de la recherche sur l’étude du manuscrit, on se contentera ici de présenter le parcours de ce dernier, qui comme nul autre codex, fait un voyage digne de n’importe quel objet de l’histoire des collections.

Mais comme nous le verrons, même retracer le parcours de ce manuscrit est semblable aux difficultés de déchiffrement. Entre suppositions et preuves concrètes d’appartenance, même l’histoire de ce manuscrit est pour certaines parties rendue difficile par les suppositions faites pour ce qui concerne son auteur, les personnes impliquées dans sa création, ou même ceux qui l’ont détenu.

Le manuscrit 408, a été redécouvert en 1912 près de Rome par Wilfrid Voynich, antiquaire passionné par les manuscrits anciens et les codex. C’est bien à ce moment que le manuscrit devient fameux au XXe siècle. Mais son histoire commence quelques siècles plus tôt – une histoire de plus de 700 ans dans lesquels, des lacunes et des omissions rendent difficile la reconstruction de son histoire.

Après une présentation courte du manuscrit, ce billet fera une présentation de son illustre histoire en finalisant avec les dernières nouveautés dans le domaine.

Pour bien commencer, faisons une petite présentation du manuscrit :

Le manuscrit Voynich ou le Ms 408 est un volume de 234 de pages en vélin[1] avec des pages en différentes dimensions et sans couverture. Les folios intègrent un texte indéchiffrable et des enluminures colorées très variées pour lesquelles les significations ont divisé les chercheurs depuis des décennies : images de plantes, matériel astrologique et cosmologique, recettes pharmaceutiques et figures humaines entourées par des objets bizarres dans des scènes hors contexte.[2]

Le manuscrit Voynich

Le manuscrit Voynich

Le manuscrit Voynich

Bien des personnages influents de l’histoire ont été proposées comme l’auteur de ce manuscrit[3]. Parmi le plus fameux est Roger Bacon[4], qui représente la première théorie de Voynich, mais comme nous le verrons, cette théorie n’est plus d’actualité.

D’après nos recherches, la première personne à avoir détenu ce manuscrit est le Dr. John Dee, astrologue et mathématicien de la cour d’Élisabeth Ire[5] en 1547. D’après une lettre appartenant à son fils, Arthur Dee, celui-ci parle de son père qui étudia souvent « le livre tout en hiéroglyphes »[6]. Comme tout autre savant après lui, Dr Dee tente de déchiffrer le manuscrit. En plus de cette lettre de son fils, Dr Dee est l’auteur des numérotations des pages.

N’arrivant pas à le déchiffrer, celui-ci le ramène avec lui d’Angleterre à Prague à la cour de Rodolphe II[7] en 1584-1588. Ici, il est vendu à Rodolphe mais des nouvelles recherches éclaircissent l’affaire même si on ne peut pas encore retracer le fil jusqu’à Dee.

D’après les recherches de Stefan Guezy, ce kunstbuech[8] à été vendu à Rodolphe à Augsbourg par un physicien alchimiste Carl Widemann en 1599. Connu pour sa collection de manuscrits, ce dernier mentionne dans une lettre sa collection secrète de manuscrits secrets et codifiés. Mais comment Widemann arrive-t-il en possession du manuscrit ? Soit par son réseau de correspondants soit par Leonard Rauwolf, ami de Widemann, botaniste et voyageur en Orient.[9]

Après son achat par Rodolphe, le manuscrit est déposé dans le Kunstkammer de l’empereur à Prague. Entre 1599-1608 on suppose que ce manuscrit est étudié par plusieurs spécialistes dans la cour impériale, personne n’arrivant à le déchiffrer.

Le Kunstkammer de Prague

Le prochain possesseur du manuscrit est identifié grâce à une analyse à la lumière infrarouge. Signant son nom dans le manuscrit, on retrouve ainsi Jacobus Horcicky de Tepencz, directeur du jardin botanique et du laboratoire alchimique de la cour de Rodolphe. Celui-ci sera en possession du manuscrit entre 1608-1622.

Ensuite, le manuscrit arrive dans les mains de Marcus Marci de Cronland, physicien officiel de l’empereur Rodolphe II de Bohème entre 1665-1666. Ce dernier l’envoie à son tour à son ancien professeur Athanasius Kircher[10] à Rome, connu pour ses tentatives de déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens[11]. On suppose que le manuscrit reste à Rome, en Italie jusqu’à la découverte de Voynich.

Le manuscrit est retrouvé en 1912 dans la villa Mandragone en Frescati, près de Rome. Cette villa a été construite par le Cardinal Altemps autour de 1570. La villa reste dans la famille Altemps pendant longtemps et en 1620 un membre de la famille donne la bibliothèque au Vatican. En 1856 la ville devient un collège jésuite qui fermera en 1953[12].

Après la découverte, Voynich ramène le manuscrit aux États-Unis et tente de le déchiffrer avec les plus grands spécialistes de l’époque, parmi lesquels les déchiffreurs des codes des services secrets américains. Après la mort de Voynich, le manuscrit reste dans la possession de sa veuve jusqu’à sa mort en juillet 1960. Elle lègue le manuscrit à A.M. Nill, une amie proche et compagne de Mme Voynich. Cette dernière vend le manuscrit en 12 juillet 1961 à Hans Krauser, libraire antiquaire de New York pour la jolie somme de 24 500 dollars.

Fait don plus tard à l’Université de Yale, le manuscrit se retrouve aujourd’hui au Beinecke Rare Books Library of Yale University, sous le nom dans les catalogues Beinecke « Manuscript 408 » avec une valeur de 125 000 à 500 000 dollars[13]

Pour faire un petit point sur le développement de la recherche, le manuscrit a été daté au Carbone 14 à l’Université d’Arizona en 2009 et étudié après dans le McCrone Research Institute. D’après ces derniers, le manuscrit a été créé entre 1404-1438 donc au cours du XVe siècle et l’encre bientôt après la création du vélin. Ces données nouvelles sont susceptibles d’être accompagnés par d’autres. Sergio Toresella par exemple, identifie les dessins et l’écriture comme provenant d’Italie du Nord[14].

Pour conclure, on prend note des nouveautés dans le domaine (puisque ce manuscrit a ses propres spécialistes qui se dédient exclusivement à son étude – tout un pan du domaine scientifique dédiée à l’étude d’un seul manuscrit). Les nouveaux chercheurs qui s’adonnent désormais à l’étude du manuscrit sont encore en grand nombre – on note des chercheurs travaillant sur la riche archive de transactions et correspondance dans l’empire de Rodolphe, en plus, des chercheurs élaborent en ce moment plusieurs méthodes de travail de décryptage du texte en utilisant des logiciels pour comparer les dialectes dans le manuscrit avec d’autres dialectes d’Europe à l’époque.

Avec les nouvelles études qui relancent les questions, on reste avec l’espoir qu’un jour, ce que J.-F. Champollion a fait pour les hiéroglyphes au XIXe siècle, sera fait par quelqu’un d’autre au XXIe siècle – tout comme les parties lacunaires de son histoire seront résolues.

En attendant les nouvelles études et recherches qui j’espère vont arriver à des identifications de provenance et au déchiffrement du texte, reste plus qu’à analyser nous aussi le manuscrit– numérisé et donc rendu public par Beinecke Library de Yale University.

On vous invite à le feuilleter, et à réfléchir vous-même à sa signifiance et utilité.

https://collections.library.yale.edu/pdfs/2002046.pdf

Pour plus d’informations sur le manuscrit Voynich : https://beinecke.library.yale.edu/collections/highlights/voynich-manuscript

***

[1] Peau de veau travaillée en parchemin.

[2] D’Imperio M.E., The Voynich Manuscript, An elegant Enigma, National Security Agency, Fort George G. Meede, 1978, p.1.

[3] Une autre hypothèse ancienne : c’est Roger Kelly qui a « inventé » ce manuscrit pour le vendre à l’empereur Rodolphe II, ce dernier fasciné par les codex anciens.

[4] Roger Bacon (1214-1292), franciscain et philosophe fameux pour ses intérêts occultes et pour le « scientia expermentalis »

[5] Dr. John Dee, une figure célèbre des études occultes, déchiffrements et alchimie.

[6] D’Imperio, 1978, p.3.

[7] Rodolphe II de Bohême – empereur, féru des arts et du collectionnisme.

[8] Terme en allemand qui signifie un livre d’art, de médecine ou d’alchimie, etc.

[9] Guzy Stefan, Book transactions of Emperor Rudolf II, 1576-1612 : New findings on the earliest ownerships of the Voynich Manuscript, communication au « International Conference on the Voynich Manuscript 2022 », Nov 30-December 1, University of Malta, 2022, p. 4-5.

[10] Collectionneur et figure connue pour son Musaeum Kircherianum, musée chambre de merveilles à Rome

[11] Pomian K., Le musée, une histoire mondiale, vol I, 2020, p. 261.

[12] D’Imperio, 1978, p.2.

[13] D’Imperio, 1978, p.2

[14] Reddy S Knight K., What we know about the Voynich Manuscript, proceedings of the 5th ACL-HTL Workshop of language technology for cultural heritage, Social sciences and Humanities, Portland, 2011, p. 78.