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Archive du mois : février 2023

Présentation du service Archives de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux 0

Présentation du service Archives de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux

Par Laure Bézard, archiviste de la MOM

Le service Archives de la MOM, créé en décembre 2020, a pour ambition de collecter, classer, conserver, communiquer et valoriser les archives intermédiaires de la fédération et de ses laboratoires. Ces dernières sont composées essentiellement d’archives de chercheurs, de missions archéologiques portées par des membres de la MOM et d’archives administratives relatives au fonctionnement de la fédération. La MOM compte environ 1,5 kilomètres linéaires d’archives remarquables, entre autres, par la diversité de leur typologie (carnets, manuscrits, plans, plaques de verre, négatifs/diapositives, estampages, CD/DVD/Cassettes VHS…).

L’archiviste accorde une grande importance à la valorisation de ces archives auprès non seulement des personnels de la MOM mais aussi du grand public afin d’accroître la visibilité des archives de la recherche dans le monde de l’archivistique et dans le paysage archéologique français. C’est dans ce but qu’elle rédige des Mensuels des archives qui ont pour vocation de présenter les fonds conservés au sein de la fédération, qu’elle fait partie du bureau de la section des archivistes des universités, organismes de recherche, rectorat et mouvement étudiant (AURORE) de l’Association des Archivistes Français (AAF) et qu’elle participe au GT Archives du réseau Frantiq et du consortium Mémoires des Archéologues et des sites archéologiques (MASA+). Pour conserver ces archives et les rendre accessibles, la fédération s’est dotée en 2022 d’un espace archives de 97 m2 Le service Archives a également pour mission de développer et de coordonner des actions transversales comme la création d’un réseau de correspondants dans les laboratoires, de relayer des informations et de sensibiliser les personnels.

Les fonds conservés à la MOM comprennent des fonds relatifs à l’étude de l’Égypte ancienne, ceux de missions archéologiques emblématiques de la MOM (Salamine et Kition à Chypre, Mahasthan au Bangladesh, les missions de Syrie du Nord et du Caucase) ainsi que ceux des programmes de recherche portant sur la Thessalie et celui des Inscriptions Grecques et Latines de la Syrie. La MOM conserve également des fonds de grands savants tels que, entre autres, Maurice Picon, Roland Martin, Fernand Courby, Robert Turcan, Olivier Callot ou encore Paul Roesch, ainsi que les archives administratives et historiques des différents laboratoires de la fédération (HiSoMA, Archéorient, ArAr et l’antenne lyonnaise de l’IRAA). Cette liste non exhaustive souligne la richesse et la diversité des fonds d’archives conservés à la MOM, qui continuent de s’accroître. Ces archives sont décrites sur l’instrument de recherche AtoM.

 

Pour consulter ces archives, il est nécessaire de prendre rendez-vous avec l’archiviste de la fédération Laure Bézard par mail (laure.bezard@mom.fr) ou par téléphone au 04-72-71-58-02.

Pour en savoir plus sur le service Archives et avoir accès aux Mensuels, nous vous renvoyons à la page web du service Archives sur le site de la MOM.

Le mariage et l’enclume… 0

Le mariage et l’enclume…

Dans les années 1870, Ernest Chantre (1843-1924), attaché au Muséum d’histoire naturelle de Lyon, poursuit ses études géologiques, préhistoriques, et protohistoriques. Il est le premier, dans un ouvrage monumental intitulé Études paléoethnologiques dans le bassin du Rhône. Âge du bronze, recherches sur l’origine de la métallurgie en France (1875-1877), à démontrer pleinement l’existence d’un Âge du Bronze en France. Parmi tous les objets qu’il fait figurer dans son livre, une petite enclume conservée au musée Vivant Denon de Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) a retenu notre attention (Fig. 1).

Figure 1 : Enclume en bronze du type de Gray (collection Chevrier). Photographie : Denis Dubois, musée de Chalon-sur-Saône.

Découverte en 1858 par Jules Chevrier (1816-1883), cofondateur du musée Denon, cette enclume de type cruciforme comporte deux bigornes pointues. Cet outil passif, bizarre pour l’amateur, permet notamment d’effectuer des travaux de dinanderie, c’est-à-dire de travailler des feuilles métalliques. Ernest Chantre demande à son maître et ami, le préhistorien Gabriel de Mortillet (1821-1898), ce qu’il pense de ces objets :

« Que pensez-vous de l’enclume dont je vous adresse le dessin assez mauvais ? Elle a été trouvée dans la Haute-Savoie près de Bonneville et se trouve chez Tournier. (…) M. Chevrier de Chalon m’en communique une autre de forme un peu différente mais se rapportant au même type : on m’a parlé d’une pièce analogue à Beaurepaire. »1

Et dans la même lettre, à peine plus haut (Fig. 2) :

« Une autre affaire plus intéressante m’occupe aussi, c’est une convention pour plus longtemps, c’est un mariage / (dans le fond de l’oreille) / mais là encore, les négociations non pas mercantiles, mais bien de convenances de famille sont longues, d’autant plus que décidément, les petits fouilleurs de cavernes etc, etc, font horreur au légitimo-clerico-bonnes gens. Faudra-t-il renoncer à l’âge du bronze pour se marier ? »2

Figure 2 : Extrait de la lettre d’E. Chantre à G. de Mortillet du 31.10.1874 (Fonds Mortillet, univ. de Sarrebruck). Numérisation : A. Frénéat.

À cet Âge du Bronze, le “petit fouilleur des cavernes” n’y renonce pas, mais les divergences d’opinions auront raison de l’autre affaire, celle du mariage. L’enclume sera publiée dans l’Âge du Bronze de Chantre (Fig. 3), malgré les réticences de Gabriel de Mortillet :

« Votre enclume me paraît bien analogue aux actuelles, pour être fort ancienne. (…) Dans tout cela, je ne vois point de découverte d’ensemble, réunion de pièces se dotant point d’observation sérieuse sur le gisement, faite par un vrai archéologue ! Dès lors, je me méfie, et je suspends mon jugement. »3

Figure 3 : Extrait de l’Âge du Bronze d’Ernest Chantre (t. I, p. 39).

Ernest Chantre n’omet pas les doutes sur l’ancienneté de la pièce, et compare l’enclume à celle des serruriers et des ferblantiers contemporains (Chantre 1875-1877: 39). C’est un témoignage éloquent des liens entre industrie, artisanat et Protohistoire. Aussi, les hésitations des deux archéologues ne concernent pas les usages de l’enclume, mais bien son âge. Finalement, Chantre commet certaines erreurs dans sa publication, notamment sur le lieu de découverte de l’objet. Il mentionne ainsi les berges de la Saône, près de Chalon, alors que l’enclume est généralement considérée comme issue d’un dragage près de Gray (Haute-Saône) (Déchelette 1910 : 277). Dans son volume Statistique du même ouvrage, il indique toutefois bien que la provenance est incertaine (Chantre 1875-1877 : t. III, 30-31).

Et Gabriel de Mortillet termine sa lettre en battant gentiment son élève entre le mariage et l’enclume :

« Je m’empresse d’abord de vous féliciter de l’affaire particulière dont vous me parlez, mais c’est à une condition. Il ne faut pas que cela vous détourne de vos utiles et excellents travaux. Les deux choses peuvent parfaitement se combiner. »4


Bibliographie indicative :

BONNAMOUR Louis, L’âge du Bronze au Musée de Chalon-sur-Saône, Chalon-sur-Saône et CNRS, 1969, 94 p. et XXXIII pl.

CHANTRE Ernest, Études paléoethnologiques dans le bassin du Rhône. Âge du Bronze, recherches sur l’origine de la métallurgie en France, Paris, Lyon, J. Baudry et imp. Pitrat Aîné, 1875-1877, 3 volumes et un album.

DECHELETTE Joseph, Manuel d’archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine, tome II, partie 1 : Âge du Bronze, Paris, Librairie Alphonse Picard et fils, 1910, 512 p.

GUILBERT Hugo, Jules Chevrier (1816-1883) et l’archéologie chalonnaise au XIXe siècle, Mémoire de master 1, Dijon, université de Bourgogne, 2022, 31 p. hors annexes.

ELUERE Christiane et MOHEN Jean-Pierre, Problèmes des enclumes et matrices en bronze de l’âge du Bronze en Europe occidentale, dans ELUERE Christiane (dir.), Outils et ateliers d’orfèvres des temps anciens, Saint-Germain-en-Laye, Société des amis du MAN, 1993, 13-22.

MOREAU Jacques, Un moule d’enclume de l’Âge du Bronze trouvé à la Lède-du-Gurp (Gironde), Gallia préhistoire, 14/2, 1971, 267-269.

PIETERS Maxence, Les outils comme traceurs des activités de transformation des métaux ? Supports de frappe, abrasifs et brunissoirs, outils d’aiguisage et outils de broyage, Thèse de doctorat, Dijon, université de Bourgogne, 2013, 172 p.

THEVENOT Jean-Paul, Un outillage de bronzier : Le dépôt de La Petite Laugère, à Génelard (Saône-et-Loire, France), dans MORDANT Claude, PERNOT Michelle, RYCHNER Valentin (eds.), L’atelier du bronzier en Europe du XXe au VIIIIe siècle avant notre ère, Paris, CTHS et Centre de recherches sur les techniques gréco-romaines de l’université de Bourgogne, 1998, 123-144.

1Lettre d’E. Chantre à G. de Mortillet du 31.10.1874 (Fonds Mortillet, univ. de Sarrebruck).

2Ibidem.

3Lettre de G. de Mortillet à E. Chantre du 02.11.1874 (musée des Confluences, Lyon).

4Ibidem.

Rêve d’Égypte 0

Rêve d’Égypte

L’exposition « Rêve d’Égypte » qui se tient à Paris d’octobre 2022 jusqu’au 5 mars 2023 (1) est l’occasion pour le musée Auguste Rodin de présenter la formidable collection d’antiquités égyptiennes acquises par l’artiste, soit environ 400 objets.

Roi faisant l’offrande du pain et du vin à une déesse vache, Basse époque, époque hellénistique, calcaire, Acquis par Rodin auprès de l’antiquaire Joseph Altounian en 1913.

Auguste Rodin, célèbre sculpteur français du XIXe siècle, déjà connu comme un fervent amateur de l’art gréco-romain, ne s’intéressa que tardivement à l’Égypte et à l’art égyptien, à l’âge de 55 ans. Ses premiers achats datent environ de 1895 alors que sa situation matérielle se fut améliorée. (2) Cette collection était accessible au public du début du XX siècle dans le jardin de la Villa des Brillants où les stèles, les bustes, les nombreuses figurines et les statuettes se trouvaient mis en valeur. (3)

Le visiteur, Rainer Maria-Rilke, remarque ainsi que:

la grande joie de Rodin est maintenant d’acheter de beaux antiques […] les vitrines renferment de petites sculptures égyptiennes, d’admirables chats assis, des oiseaux de proie, des lézards, et une multitude de petits fragments gracieux…

Rodin collectionneur: catalogue, Musée de Rodin 1967-1968, p. 4

A la fin du XIXe siècle, l’art égyptien jouissait d’une certaine popularité en Europe, et de nombreux artistes, y compris Rodin, furent influencés par l’esthétique et par les thèmes de l’art égyptien. Les sculptures égyptiennes impressionnèrent particulièrement Rodin en raison de leur simplicité formelle et de leur utilisation de la symbolique pour transmettre un message.

Statue d’un prêtre, Époque hellénistique et romaine, Granit gris, acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

Vers la fin de sa vie, le thème de la mort et du vieillissement est récurrent chez Rodin et plusieurs de ses sculptures soulèvent alors la question de l’irréversibilité du temps. Il est ainsi naturellement fasciné par la place et le traitement accordé aux thèmes de la mort et de l’immortalité chez les Égyptiens.

Couvercle de cercueil anthropoïde au nom de Nana, scribe du temple, Nouvel Empire, époque Ramesside, bois, acquis par Rodin auprès de l’antiquaire Joseph Altounian en mai 1913.

Rodin fut influencé par les traditions sculpturales de l’Égypte ancienne, notamment en ce qui concerne la représentation des corps et des formes humaines. Il fait usage de techniques similaires dans ses propres sculptures, créant ainsi des formes simples mais expressives qui ont marqué le début de la modernité en sculpture. En réunissant une collection égyptienne, A. Rodin ne recherchait pas l’objet pour sa valeur archéologique mais pour sa valeur plastique, dans le but de créer son musée idéal. (4)

Cette collection égyptienne présente une valeur notable. D’abord, il s’agit d’une variété d’objets, allant des statuettes aux sarcophages en passant par les bijoux, les textiles et les peintures. Les objets sont représentatifs de pièces de toutes les époques de l’art pharaonique, de techniques et de styles différents. (5) Les objets proviennent également de plusieurs sites archéologiques égyptiens, contribuant à la richesse de sa collection. Il collabora notamment avec les plus grands antiquaires parisiens.

Déesse ophiocéphale, Époque Ptolémaïque, XXXIe dynastie, 332 – 30 avant J.-C., calcaire, acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

L’héritage reçu de la culture égyptienne fut aussi une source d’inspiration pour les œuvres d’Auguste Rodin. Cette collection a participé au développement de son propre style, avec un impact important sur l’art moderne et contemporain. 

En conclusion, il convient de souligner le travail minutieux proposé par Nathalie Lienhard, Ingénieur de recherche du Centre de recherches égyptologiques de la Sorbonne (Cres) en collaboration avec le musée, pour aboutir à la création d’une base de données de tous les objets égyptiens de la collection Rodin. Le catalogue en ligne des antiquités égyptiennes de la collection de Rodin est accessible via ce lien: http://www.egypte.musee-rodin.fr/fr/collections 

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(1) Musée Rodin, 77 rue de Varenne, 75007 Paris; URL: https://www.musee-rodin.fr/musee/expositions/reve-degypte, consulté le 15.02.2023 

(2) Rodin collectionneur: catalogue, Musée de Rodin 1967-1968, p. 3.

(3) Ibid., p. 4.

(4) Ibid., p. 4.

(5) Ibid., p. 6.